Programmes et Art

Antoine Schmitt
13 février 2001

La programmation d’ordinateur rend possible la création d’objets contenant leur propre autonomie, c’est à dire pouvant être programmés pour : être libres, vouloir, désirer, choisir et juger selon leurs propres critères, agir, percevoir, reconnaitre, se souvenir, oublier, souffrir, s’ennuyer, savoir. Ces objets ainsi programmés contiennent leurs propres processus internes, ils contiennent leur propre devenir.

Qu’est ce que cela implique pour l’art ?

D’une part, on en arrive à un type d’objet jamais abordés dans l’histoire classique de l’art basé sur la représentation, au sens ou ces objets, quelle que soit l’intention de leur créateur, percent la surface de la représentation pour exister comme éléments du réel agi du spectateur. Ce sont des objets insérés dans le temps présent du spectateur, vivants et agissants. A coté de ces objets, un film, une peinture, une sculpture sont des objets morts, figés une fois pour toutes.

D’autre part, du fait que ces objets contiennent leurs propres processus de changements et d’insertion dans la réalité, ils jettent un pont entre la notion d’objet et celle de processus dans l’histoire de l’art. Qu’ont-ils à dire face à l’esthétique relationnelle ou à l’esthétique de la communication, lorsqu’ils contiennent en eux-mêmes leurs propres modes de relation, dans le réel, le vécu et l’agi ? Il ne s’agit plus d’un processus mené par l’artiste, ou mis en place par l’artiste pour être mené par les spectateurs, mais d’un processus mené par l’objet lui-même. Un processus incarné.

Enfin, quelle est la place de l’artiste dans le processus de création ? Elle ne change pas, l’artiste est toujours celui qui se proclame comme tel, et met des guillemets autour des oeuvres qu’il produit. Le fait que ces oeuvres soient des processus incarnés ne change rien. Il en est toujours l’auteur, et l’oeuvre est ici le processus incarné lui-même, le programme fonctionnant.